Lise

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Lise



Inscrit le: 26 Nov 2010
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MessagePosté le: 26 Nov 2010 21:05    Sujet du message: Lise Répondre en citant

Bonsoir,

Je m'appelle Elise, j'ai vingt ans et je suis musicienne, enfin disons que j'essaye de l'être mais qu'il me reste encore pas mal de chemin à parcourir avant d'y parvenir véritablement... Je crois que je vais avoir un peu de mal à me présenter comme cela de but en blanc, mais je vais quand même essayer de dire l'essentiel sans trop me perdre. Donc : selon la terminologie en vigueur qu'il m'a fallu un certain temps à assimiler, je suis une transsexuelle MtF, et je vis la plupart du temps sous une identité masculine qui ne correspond pas au prénom que je porte ici. C'est une souffrance quotidienne et absurde, mais elle m'habite depuis si longtemps que j'en viens souvent à me demander si elle ne fait pas entièrement partie de moi, comme un prolongement de mon corps meurtri, et je vie plus souvent dans une vague complaisance morbide à l'égard de mon cas, bien loin de la transgression lubrique et joyeuse que la plupart des médias associent aux personnes qui traversent les mêmes épreuves que moi. Depuis que j'ai quinze ans je me pose la question du "coming-out", c'est à dire plus précisément du début de ma transition : mais je me suis toujours sentie perdue à cet égard, incapable de savoir par où commencer, timide jusqu'au délire névrosé d'une attente qui semble ne devoir jamais finir, et face à laquelle je ne sais plus comment me comporter. Voici ce que j'écrivais à ce sujet alors que j'étais encore au lycée, tentant d'ouvrir un journal intime que je ne devais jamais tenir :

Une des principales raisons qui m'empêchent véritablement d'ouvrir mon coeur à mon entourage, bien plus que la peur d'un éventuel rejet, est la crainte de ne pas trouver les mots justes pour exprimer ce que je ressens. J'ai un jour tenté d'ouvrir mon dictionnaire à l'article transsexualité, et voici ce que j'y ai lu : une transsexuelle y est décrite comme une personne "qui est convaincue d'appartenir à l'autre sexe, et étaie cette conviction par son habillement et son attitude". Laissant presque tomber l'ouvrage de mes mains, j'ai alors brusquement mesuré combien il était important non pas de justifier mais de réussir expliquer à ceux que j'aimais les difficultés que je traversais, tant me semblait immense l'incompréhension qui était susceptible de nous séparer.

Je voudrais montrer combien ce mot de "conviction" est vide de sens. Une femme n'est pas convaincue d'être femme, mais partage avec d'autres individus des caractéristiques que l'on englobe dans la notion de féminité. Et certes je serais ridicule de prétendre éprouver la même chose que n'importe quelle autre femme que je pourrais croiser dans la rue, car je ne suis pas cette autre femme. Mais je pense pouvoir être certaine de ma féminité. Non seulement à travers mes goûts et mes mouvements naturels, mais aussi par rapport à mes souvenirs. Car je sais que l'on m'objectera : la féminité est l'affaire d'une culture, d'une époque. Tu t'identifies à un modèle social particulier, en méconnaissant ce qui fonde véritablement la femme, et qui est son corps. A quoi je répondrai que j'ai éprouvé aussi le corps. Et que je ne fais que me le rappeler, de la même manière que l'élève retrouve en lui une vérité qu'il portait effervescente en son sein, accouché par les questions souples du philosophe au hasard des portiques de la cité. Alors il devient possible de comprendre qu'il n'est pas un corps de femme et un corps d'homme et une opération qui fait basculer de l'un à l'autre dans un frisson silencieux. Mais une continuité tressée entre les corps. Chacun s'accorde à dire que le jour s'oppose à la nuit, en même temps qu'il constate que le passage de l'un à l'autre n'est pas rupture, mais mouvement naturel passant par toutes les nuances qui conduisent de la lumière au crépuscule. De même oppose-t-on le corps de l'homme et celui de la femme, en ignorant qu'il est des passerelles et des états transitoires. Je n'ai aucune haine de mon corps. Je ne rejette que ses caractères éphémères, ceux qui relèvent de la couleur des nuages dans le ciel lorsque l'aube se lève, non les nuages eux-même ou le ciel. Ce qui est destiné à disparaître avec le jour, non le jour que la nuit porte en elle. Ainsi de ma poitrine plate, de ce que je sens en croisant les jambes, ou de ce qui recouvre ma peau. Si je suis une infirme, alors voilà mon infirmité : et si l'on peut parler d'une pathologie en ce qui me concerne, elle n'est certainement pas psychique, mais évidement physique.


Trois ans plus tard, je ne suis pas plus avancée. J'ai aimé dans l'intervalle, aussi intensément je pense que nombre d'adolescentes de mon âge, mais comment s'y prendre pour parvenir à expliquer l'évidence ; plus attirée par les filles que par les garçons, mon homosexualité est venue se rajouter aux irrégularités de mon corps comme un immense quiproquo, et je me sens chaque jour plus inconsistante, plus égarée et réduite à une monstruosité absconse, une sorte cas d'école pour tout psychanalyste friand de détails creux. Pour ma part je voudrais simplement être guérie d'une pathologie qui n'a rien d'imaginaire, afin précisément de pouvoir vivre, jouer, respirer enfin sans m'inquiéter d'un regard, d'un oeil trop appuyé ou d'un jugement manqué sur ce jeune homme que je ne comprends plus, et que je dois revenir invoquer chaque jour comme on souffle sur une énorme statue de sable, un mensonge sans vie sans cesse à rhabiller d'un air moqueur et vain, une chimère de peurs meubles où viennent se fondre tous mes désirs et toutes mes joies.

Je suis beaucoup trop timide pour venir directement au local, c'est pourquoi j'ai préféré poster d'abord sur ce forum. J'espère ne pas avoir été trop pénible dans mes explications et parvenir en discutant un peu avec vous à sortir un peu de cette léthargie volontaire où j'ai trop souvent tendance à me réfugier... Merci en tout cas d'avoir déjà pris la peine de me lire jusqu'au bout ^^
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Nagisa



Inscrit le: 13 Juil 2010
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MessagePosté le: 28 Nov 2010 15:21    Sujet du message: Répondre en citant

Bienvenus^^. En ce qui me concerne je ne sais pas tro koi te dir, si n'est que tu ecris superbement bien.
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l'habit ne fait pas le moine.
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Lise



Inscrit le: 26 Nov 2010
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MessagePosté le: 28 Nov 2010 21:25    Sujet du message: Répondre en citant

Merci... Je ne suis pas sûre d'écrire tout à fait bien, souvent je me noie dans mes propres phrases et je ne parviens pas vraiment à m'exprimer correctement. Je suis un peu gênée de poster tout cela en bloc ici, en fait j'aimerais parler simplement de ces questionnements mais je n'y parviens généralement pas...
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lel



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MessagePosté le: 30 Nov 2010 9:25    Sujet du message: Répondre en citant

Coucou,
J'ai lu ton message il y a quelques jours, mais trouver les mots n'était pas simples.
Déjà, je suis choquée par la définition du dico qui restreint totalement ce qui concerne la transidentité, faut pas s'étonner de voir toujours autant de mentalités aussi bornées...

Ce que tu ressens n'est pas honteux, ou du moins, ne le devrait pas. Car ce genre de ressenti est profondément lié à ce que tu es véritablement, au fond de toi, avec les limites de ton corps dont tu as parlé, le sentiment effectivement de ne pas avoir le bon corps.
Pour être honnête, les choses devraient être plus simples, si la société n'était pas si binaire. On nous formate depuis l'état de nourrisson à avoir telle identité, en habillant les filles en rose et les garçons en bleu par exemple. Un p'tit mec préférant les jouets de sa soeur se tapera parfois un regard inquiet vis à vis des parents. Par la suite, le corps se développe, et rien que par exemple, avec les toilettes séparés homme et femme, on doit à mon avis commencer à ressentir quelque chose de troublant.

Donc, tu n'oses pas en parler, car oui, la société fait en sorte que cela soit une honte, une chose sur laquelle culpabiliser, vis à vis de nous-même, de notre entourage. Les mots durs au sujet des MtF ou FtM par exemple à la télé ou divers médias, c'est vraiment une chose qui marque, à en faire souffrir. Je ne saurai nullement te donner la marche à suivre pour en parler, peut-être à une ex dont tu es restée proche ?

Ce que je veux dire, c'est que tu ne seras pas jugée ici. Courage à toi, reviens nous vite Clin d'oeil
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F[A]kE



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MessagePosté le: 11 Déc 2010 13:20    Sujet du message: Répondre en citant

Bonjour Elise,

J'ai bien lu et relu, avec attention, ce que tu écrivais il y a quelques années déjà. Au delà d'une plume agile et subtile, c'est à une âme torturée qu'il faut je crois rendre hommage - de la compréhension que j'ai pu en avoir à ce moment même.

Ta démarche, celle d'aller vers un dictionnaire et légitime, et je crois être bien placé -un peu au moins, pour te dire que je comprends la tristesse et l'incompréhension que tu as du ressentir à sa lecture.
Mais vois-tu, sans trop vouloir faire le bisounours cela dit, je crois qu'il ne faut pas trop s"y formaliser. Pourquoi me demanderas-tu certainement ?
Et bien simplement car ce dictionnaire, cet entourage, cette société s'attache exclusivement à la compréhension. Mais qui oseras dire qu'être transsexuel(le) (puisque c'est ainsi que l'on dit) est une affaire d'esprit ? C'est une foutaise qui étreint la pensée collective sans commune mesure et pourtant, pourtant être MtF, FtM, Mt*, Ft* et autre...ne se comprend pas, non : cela se vit. Un point c'est tout.

Il est difficile de pouvoir exprimer son questionnement, déjà à soi même et bien sur aux autres. Mais lorsque l'on trouve la force de le faire, cela nous est bénéfique. Et en cela, par ton premier message, tu ne devrais pas sous estimer l'avancée de ta transition - fusse t elle pour l'instant minime à tes yeux.

Sache que si tu es trop timide pour passer au local, tu trouveras toujours ici, une oreille avec qui en discuter.
Certain(e)s pourraient dire que nous sommes très différents, sourire, mais comme tu l'as subtilement exprimé il n'y a que des frontières frêles entre homme et femme. L'abysse sera pour d'autres.


En espérant te lire bientôt.
_________________
Parisian T-Boy
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Lise



Inscrit le: 26 Nov 2010
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MessagePosté le: 16 Déc 2010 21:05    Sujet du message: Répondre en citant

Merci beaucoup pour vos deux messages, ils m'ont redonné si ce n'est du courage, du moins le minimum de confiance nécessaire pour progresser dans ma transition. Je suis vraiment désolée d'avoir été un peu grandiloquente avec cette définition du dictionnaire, je ne cherchais finalement qu'à exprimer à peu près la même chose que ce que tu m'as répondu, F[A]ke. C'est toujours difficile de rendre compte d'un vécu sans qu'il ne devienne un prétexte analytique, et c'est pourquoi cela me rend heureuse de vous lire, puisque vous ne me jugez pas. Je crois que j'aimerais beaucoup essayer de passer au local début janvier, si j'arrive à vaincre mon angoisse et ma pente naturelle à l'insociabilité chronique ^^
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F[A]kE



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MessagePosté le: 17 Déc 2010 10:39    Sujet du message: Répondre en citant

Sourire,
Nous avons tous et toutes eu un côté assez associable lorsqu'il a fallu se rendre au local la première fois - je crois.
Repousser la date au fil des semaines, tourner trois quart d'heure dans le quartier avant de se poster devant la porte d'entrée, fumer une clope puis deux puis le paquet avant de se décider à pousser la porte... ah et enfin on y est ! Roulement des yeux (non ça ne sent pas le vécu du TOUT, rires).

Je suis heureux que nos quelques lignes ont pu avoir cette magie là de te redonner confiance.

Et dis moi chère Elise, j'ai cru lire que tu étais musicienne, quels instruments ont ta faveur ?

Douce journée (:
_________________
Parisian T-Boy
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Lise



Inscrit le: 26 Nov 2010
Messages: 5

MessagePosté le: 21 Jan 2011 22:09    Sujet du message: Répondre en citant

Je suis vraiment désolée de ne pas avoir répondu plus tôt... Je suis flûtiste de formation et je joue aussi un peu de piano (j'ai appris par moi-même et je déplore tous les jours mon manque de moyens techniques lorsque mes doigts refusent de courir davantage sur le clavier ^^). J'aime beaucoup la musique jazz, et mon rêve serait de pouvoir former un trio pour en jouer , malheureusement je n'ai pas encore réussi à trouver de bassiste et de batteur avec qui le monter, et à vrai dire je ne me sens pas encore assez confiante pour commencer véritablement à en rechercher. Parfois j'ai envie d'arrêter brutalement mes études et de passer mes journées au piano afin de pouvoir mieux travailler, mais j'ai déjà tant de mal à m'assumer en tant que personne que je doute d'avoir le courage suffisant pour y arriver... Quoi qu'il arrive c'est un songe auquel je ne suis pas prête de renoncer, et dès que j'aurai l'assurance nécessaire j'ai toujours pour projet de m'y consacrer toute entière ^^

J'aimerais vraiment venir au local, et je crois que je suis exactement dans la première phase que tu décris, je repousse la date de jour en jour sans parvenir à me décider... Je me sens heureuse et fragile à l'idée de venir, et je change d'avis toutes les heures. Je prépare du chocolat maison pour ne plus y penser, et quelques instants plus tard je suis triste et j'ai honte de sans cesse repousser. La semaine prochaine, je n'oublierai pas mon paquet de cigarettes en montant sur Paris ^^
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